M. Sarkozy n’est pas le seul à être préoccupé par les questions de “civilisation” ces temps-ci. Outre-manche, le nouveau premier ministre a ému l’opinion publique en annonçant son désir de pourvoir le pays d’une devise incarnant les valeurs britanniques. Cette idée qui est loin de faire l’unanimité a donné lieu à de nombreuses réactions dans la presse et à un concours lancé par le journal The Times auquel ont participé plus d’un millier de personnes et dont voici quelques perles:
- May contain nuts (jeu de mots: nuts signifie “noix” et “fou”: peut contenir des fous)
- We Apologize for the Inconvenience. (veuillez nous excuser pour les désagréments)
- At Least We’re Not French (au moins nous ne sommes pas français)
- At Least We’re Not American (au moins nous ne sommes pas américains)
- Britain is great without a motto (la bretagne est grande même sans devise)
- Let’s discuss it down the pub (parlons en autour d’une bière, littéralement: allons en parler au pub)
- Once Mighty Empire, Slightly Used (formulation de petite annonce: Empire jadis puissant, légèrement usé)
- Dentistry is not our forte (la médecine dentaire n’est pas notre point fort)
- Dipso, Fatso, Bingo, Asbo, Tesco (soulards, gros lards, bingo, état policier, supermarchés - l’ASBO est un dispositif pour sanctionner les délinquants et Tesco est la plus grande chaîne de supermarchés en Grande Bretagne)
- Smile, you’re on CCTV (souriez vous êtes filmés, littéralement: souriez vous êtes sous vidéosurveillance)
- Land of the … everyone, really (le pays de …tout le monde, en fait)
- Mind your own business! (mêlez vous de ce qui vous regarde!)
- Britain, the birthplace of freedom (la Grande-Bretagne, lieu de naissance de la liberté)
Le grand gagnant du concours choisi par plus de 20% des lecteurs fut “No motto please, we’re British” (pas de devise s’il vous plaît, nous sommes britanniques).
Alors que M. Brown cherche encore à prendre ses marques et à se distinguer de son prédecesseur, cette tentative de redéfinition identitaire ferait presque oublier que le Royaume-Uni a déjà une devise: “Dieu et mon droit“. Classe et sobre, certes, mais pas très British puisqu’elle est en français (comme la célèbre devise du souverain “Honni soit qui mal y pense“).
Cette initiative n’est par ailleurs pas sans rappeler celle de son prédécesseur qui avait tout fait pour surfer en 1997 sur la vague de la Cool Britannia (expression inventée en 1967 puis relancée en 1997, détournement et contrepied de l’hymne impérial/colonial “Rule Britannia“).
